"Praelegere ad melius (intel)legere"
Résumé
Traditionnellement, l’apprenti latiniste ou helléniste confronté à un texte en langue ancienne commence, dans le meilleur des cas, par une première lecture du texte qui ne lui dit en général pas grand-chose (on lui a répété de nombreuses fois de la faire, sans forcément prendre le temps d’expliquer, de déployer cette étape). Il ou elle s’applique alors méthodiquement à construire le texte : repérer les verbes conjugués, les différentes propositions, regrouper les formes nominales au même cas… Ce faisant, il perd régulièrement de vue que le texte a un sens et une cohérence interne et aboutit à un texte français sans queue ni tête. En effet, son but est, invariablement, de traduire le texte, même hors de l’exercice de version – comme si la seule manière de comprendre un texte en langue étrangère était de le faire passer dans sa propre langue.
À travers cette communication, nous souhaitons montrer combien sont fructueuses d’autres méthodes d’approche du texte, fondées précisément sur l’absence de traduction interlinguale, mais engageant d’autres formes de traduction :
-se repérer dans le texte en soupesant et en faisant sortir le maximum de mots clefs de divers types (noms propres ; mots-outils comme les adverbes de temps, de lieu, les connecteurs logiques).
-comprendre le vocabulaire du texte grâce à sa mise en relation avec d’autres mots (synonymes ou antonymes) ou avec des définitions exprimées en latin ou en grec (traduction intralinguale)
-comprendre le vocabulaire du texte grâce à sa mise en relation avec des images (traduction intersémiotique)
-commencer par lire une version simplifiée du texte, préparée par l’enseignant-e (la méthode en trois paliers pratiquée, notamment par Irene Regini, ou la méthode consistant à mettre en valeur l’essentiel du texte par différentes couleurs ou niveaux de gris)
-entendre et voir le texte mis en scène par l’enseignant-e, voire participer à cette mise en scène (traduction intersémiotique).
En habituant les étudiant-e-s à prendre le temps de se familiariser avec les textes et de se les approprier, l’enseignant-e les aide à acquérir les réflexes utiles à la mise en œuvre de la ou des premières lectures ; il ou elle les incite aussi à mettre utilement l’accent sur l’étape de compréhension, si précieuse pour aboutir à une traduction satisfaisante ou à la rédaction d’une version pleinement maîtrisée.