Pouvoir du scandale : le saisissement dans la photolittérature viatique selon Antoine d'Agata - Université de Lille Accéder directement au contenu
Chapitre D'ouvrage Année : 2022

Pouvoir du scandale : le saisissement dans la photolittérature viatique selon Antoine d'Agata

Résumé

L’entreprise photolittéraire d’Antoine d’Agata est guidée par un « désir du monde » ; désir du monde qui le conduit à parcourir celui-ci. Le voyage est le terreau de ses productions photolittéraires, et ce voyage correspond à une « dérive » à travers l’espace mondial. Atlas (2017) est né de la récolte de paroles de prostituées de différents pays ; Codex (2017), de séjours au Mexique entre 1986 et 2016 ; Ice (2012), d’un voyage fragmenté en plusieurs étapes, allant de Mexico (en 1999) au Cambodge (en 2011). Cependant, Antoine d’Agata ne tient pas à nous faire visiter ces espaces qu’il nous donne à lire et à voir ; il veut nous y plonger. Il dénonce d’ailleurs le « fantasme documentaire » des photographes qui ne visitent un lieu que le temps d’un cliché ; lui choisit de rester, de vivre avec et dans ce qu’il photographie : "c’est une quête cruelle et sans issue que d’embrasser la violence de la rue, d’en vivre l’expérience dans sa chair : apprendre le langage meurtrier qui dépasse toutes les poésies, traquer l’irruption de la vie, sale et brutale, dans l’ordre des convenances […] et payer le prix, jusqu’au sacrifice." Cette pratique intensive va de pair avec une conception d’un art nécessairement « nuisible », « subversif » et « immoral », en filiation directe avec le scandale en tant que « désordre bruyant » qui « pose problème à la conscience ». Sa photolittérature de voyage sera, alors, synonyme d’épreuve visuelle ; épreuve corollaire d’une découverte de ce qui dérange dans cet ailleurs géographique ; épreuve qui est à la fois une percée et un risque. Ce qui dérange, ce sont aussi bien les zones traversées par l’auteur-photographe voyageur, « zones de non-droit, territoires de tous les écarts […], espaces clos et privilégiés où la bestialité sape la bienséance et les règles sociales » que les textes et les images témoins de cette traversée. Agata prône un art intensif qui correspond à l’expérience intense qui est à l’origine de ce qu’il crée : un art qui se pense comme un « enfoncement […] dans la matière du monde » ; un art comme monstration brutale de la brutalité. Jugeant le monde scandaleux, il veut inverser la balance et, à son tour, scandaliser. Le parcours tracé dans ses récits de voyage est parsemé de différentes sortes de scandalum, ou pierres d’achoppement qui nous font trébucher malgré nous. Alors, ces récits de voyage, qui, dans notre horizon d’attente, nous promettaient de nous aider à mieux saisir le monde, ont l’effet inverse : ils nous saisissent parce qu’ils nous scandalisent. Quelles sont les vertus de ce saisissement ? Entraîne-t-il une déprise totale de notre conception du monde comme intelligible, la laissant à jamais morcelée, ou nous permet-il, en retour, de ressaisir le monde ? Cette étude porte sur le saisissement en tant qu’expérience esthétique à l’œuvre dans les deux récits de voyage d’Antoine d’Agata que sont Ice (2011) et Codex (2017).
Fichier non déposé

Dates et versions

hal-04463447 , version 1 (17-02-2024)

Identifiants

  • HAL Id : hal-04463447 , version 1

Citer

Nina Bigot. Pouvoir du scandale : le saisissement dans la photolittérature viatique selon Antoine d'Agata. Editions Classiques Garnier. Voyage et scandale (sous la direction de Patrick Mathieu), Editions Classiques Garnier, 2022, Géographies du monde, 9782406126843. ⟨hal-04463447⟩
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