Ecrire la chair tremblée : l'art de la correspondance dans Ice d'Antoine d'Agata - Université de Lille Accéder directement au contenu
Communication Dans Un Congrès Année : 2022

Ecrire la chair tremblée : l'art de la correspondance dans Ice d'Antoine d'Agata

Résumé

Dans Acéphale, un de ses derniers ouvrages, Antoine d’Agata emprunte aux situationnistes les mots pour qualifier son projet photolittéraire : « casser le livre ». L’ensemble de sa production livresque s’avère en effet une entreprise de destruction du livre tel qu’on le connaît. Ice, édité en 2012 aux Éditions Images en Manœuvre, n’échappe pas à la règle. Ouvrage composite et informe, pensé comme un labyrinthe où les repères sont brouillés, il opère une déliquescence de nos habitudes de lecture, détruites tandis qu’elles sont déformées. A la fin de notre expérience de lecture, l’ouvrage demeure indiscernable, indescriptible. On y repère néanmoins une structure narrative, un fil rouge tendu (même s’il joue à se nouer à d’autres) : la correspondance entre les deux auteurs, à savoir Antoine d’Agata et Rafael Garido. Ice peut être considéré comme un ouvrage à quatre mains, composé à partir de leurs échanges de mails. A travers ces échanges, c’est le corps d’Agata qui se raconte et qui est raconté : un corps qui s’ouvre et palpite au rythme des mots, qui sont autant de tracés « sur le dessus de ce qui sera […] creusé à l'intérieur entre les muscles et les nerfs » ; opération à propos de laquelle Pierre Guyotat dit qu’elle le « rappelle à la réalité de l'écriture ». La spécificité de cette correspondance repose sur le déploiement d’une écriture non pas sensitive mais intéroceptive, c’est-à-dire née de la perception par le système nerveux des modifications ou des signaux provenant des viscères, des muscles, tendons et articulations. Ice répond à l’exigence de raconter l’intérieur d’un corps ; un corps bousculé par des états paroxystiques qui trouvent leur origine dans la jouissance d’un organisme au contact du sexe et des drogues. Cette écriture intéroceptive émerge d’une poïétique à la fois somesthésique – puisque reposant sur une attention portée aux sensations internes (organiques, viscérales, nerveuses, musculaires) – et polyphonique, car entrelacs des mots d’Agata et Garido. Cette communication entend plonger dans les méandres de cette correspondance contemporaine – l’échange de mails – constitutive d’une intéroception, dont l’enjeu est de raconter un corps et d’opérer la monstration d’une intériorité physiologique, à même les membranes des organes, au rythme des vibrations nerveuses, des tensions musculaires. Elle mettra au jour les caractéristique de la poïétique somesthésique et polyphonique d’Ice, tout comme elle analysera les spécificités et les enjeux de cette écriture intéroceptive, où quatre mains frasent un même corps.
Fichier non déposé

Dates et versions

hal-04463625 , version 1 (17-02-2024)

Identifiants

  • HAL Id : hal-04463625 , version 1

Citer

Nina Bigot. Ecrire la chair tremblée : l'art de la correspondance dans Ice d'Antoine d'Agata. Journée d'études internationale "Corps & correspondances", Centre National de Littérature, Apr 2022, Mersch, Luxembourg. ⟨hal-04463625⟩
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