Quand l'amitié donne des "elles". Une camaraderie militante à la croisée des combats féministes - Université de Lille Accéder directement au contenu
Chapitre D'ouvrage Année : 2018

Quand l'amitié donne des "elles". Une camaraderie militante à la croisée des combats féministes

Résumé

Ce chapitre ambitionne de saisir le rôle de l’amitié dans l’essor et le maintien des mouvements de femmes. L’enquête menée dans les cinq villes a confirmé la spécificité de l’amitié dans la construction des mobilisations féministes, par contraste avec les formes organisationnelles des militantismes gauchistes et syndicalistes. Par ailleurs, cette attention au compagnonnage de militantes féministes permet de comprendre pourquoi et comment, au-delà de la disparition des collectifs eux-mêmes, les sociabilités et fréquentations militantes peuvent perdurer. Dans le sillage de quelques travaux cherchant à saisir les sociabilités féministes, il convient d’ôter à ces liens toute dimension insondable, pour restituer les logiques sociales et genrées qui commandent leur distribution et leurs normes d’expression. Nous avons choisi la catégorie d’amitié car elle ne réduit la focale ni aux sociabilités communes à de nombreux militantismes, ni à la solidarité qui n’est qu’une de ses dimensions, ni à la sororité et à son aspect potentiellement essentialisant. Si l’amitié est un vecteur à la fois de production d’identité de soi et de solidarité politique, les descriptions que font les militantes de leurs engagements introduisent un intérêt supplémentaire à l’usage sociologique de cette notion : la compréhension de sa portée socio-politique. En effet, dans les groupes féministes, il arrive que l’amitié supplante les règles de codification militante et leur en procure la substance, de telle sorte que la délimitation des espaces militants suit les frontières esquissées par des complicités préalables. Cette entrée par l’amitié permet alors de saisir des profils de militantes plus minoritaires au sein de la population étudiée, c’est-à-dire des femmes dont la première, voire la seule allégeance est devenue le féminisme. De manière réciproque, l’aptitude des rapports amicaux à « mobiliser » prend un sens plus aigu dans des groupes informels, où la faiblesse de « l’encadrement » peut mettre en péril le maintien de l’engagement. De sorte que l’épuisement des groupes est souvent corrélé à l’essoufflement de ces rapports. Les récits de vie, associés à une analyse rétrospective des trajectoires, font apparaître la (dis)continuité des relations amicales sur la durée, permettant ainsi de prolonger l’examen de la portée politique des amitiés dans le temps, tout en évaluant l’importance du tissu de sociabilités localisé dans leur maintien. En raison de ces particularités, l’amitié dans les groupes féministes, sans doute davantage que dans d’autres espaces contestataires, crée des conditions propices à l’engagement militant et se déploie à mesure que les liens de solidarité façonnent le militantisme, vécu comme un soutien. Enfin, l’intensité des compagnonnages noués perdure dans le temps.
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hal-02432849 , version 1 (15-12-2021)

Identifiants

  • HAL Id : hal-02432849 , version 1

Citer

Clémentine Comer, Helen Ha, Lucile Ruault. Quand l'amitié donne des "elles". Une camaraderie militante à la croisée des combats féministes. Fillieule, Olivier; Béroud, Sophie; Masclet, Camille; Sommier, Isabelle; Collectif Sombrero. Changer le monde, changer sa vie. Enquête sur les militantes et les militants des années 1968 en France, Actes Sud, pp.909-937, 2018. ⟨hal-02432849⟩
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